mardi 28 janvier 2014

Le mercenariat, un mal centrafricain

Il est connu de tous, et ce n’est malheureusement pas un sujet de jouissance, que la Centrafrique est réputée être un pays de coup d’Etat. Opération Barracchuda, coup d’Etat de la Saint Sylvestre, Sursaut patriotique,… Peu importe comment vous les appeler, ce sont des coups d’Etat.  Chacun de ces putschs traine avec lui son lot de victimes innocentes et des martyrs. La Centrafrique est aussi connu pour être un pays de mutineries dont les plus récentes datent du règne du feu président Ange-Félix PATASSE. Ces mutineries ont, elles aussi, leur cortège de victimes et d’opprimés. Des ethnies se sont parfois révoltées contre d’autres, certains ont pris le chemin de l’exil et d’autres ont subi à tort des injustices mais les centrafricains ont toujours fini par vivre ensemble…

Il n’y a pas de bêtise plus grotesque que de préférer un coup d’Etat à un autre ou une mutinerie à un coup d’Etat et moins encore à une élection démocratique. Or, l’histoire nous rappelle que nonobstant les multiples putschs et mutineries qu’a connues ce pays, jamais la cohésion sociale n’a été atteinte telle que nous le voyons depuis cette dernière décennie. En cause, l’appel aux troupes étrangères et particulièrement aux mercenaires. Tout le monde sait ce que les Banyamulenges ont fait en RCA avec la procédure qui suit son cours devant la CPI. Les Zakawa qui ont porté au pouvoir l’ancien président BOZIZE ne se sont pas comportés en enfants de chœur face à la population centrafricaine. Quant aux mercenaires de la Séléka, les faits sont encore là. On a sacrifié ce pays dès lors où on l’a livré aux mercenaires qui sont rien d’autre que « des soldats professionnels qui servent un gouvernement ou une cause uniquement  pour de l’argent ».  Normal que les pillages et exactions sont hallucinants quand bien même ces mercenaires n’avaient plus de belligérants en face mais qu’est ce qu’un mercenaire si ce n’est un voleur ?


Les conflits existent partout dans le monde : dans les couples, dans la famille, au lieu du travail… Mais c’est la façon de régler ces conflits qui est capitale et l’expérience nous a démontré en RCA que la violence est le plus mauvais moyen pour résoudre nos conflits. Et ce n’est pas pour rien que la sagesse africaine nous a toujours mis en garde que : « Le linge sale se lave en famille ». Si à la violence nous associons des mercenaires pour gérer nos conflits, comment s’étonner que nous mettions du feu partout. A ce propos, Machiavel disait : « Les auxiliaires et les mercenaires sont inutiles et dangereuses. Tout Etat qui ne s’appuiera que sur des armées de cette nature ne sera jamais en sûreté, parce qu’elles sont toujours en division entre elles, sans discipline, ne cherchant que leur intérêt, infidèles, brutales envers les amis, lâches envers les ennemis, sans crainte de Dieu, sans foi vis-à-vis des hommes… Dans la paix vous êtes pillé par ces gens-là, et dans la guerre ils vous laissent piller par les ennemis… Si vous êtes battu avec elles, vous êtes perdu ; et si vous remportez la victoire, vous demeurez leur prisonnier ». Il est donc grand temps que les politiciens centrafricains rompent avec le mercenariat car c’est un crime très grave que de satisfaire ses désirs égoïstes en sacrifiant tout un peuple sur un plateau. Vive l’armée républicaine !  

lundi 27 janvier 2014

Ne nous trompons pas de combat !

Il est malheureux que beaucoup de compatriotes se laissent duper par ceux qui ont voulu faire de la crise centrafricaine un conflit interreligieux et nous le dénoncerons avec toute la force de nos poumons autant qu’il le faudra. S’en prendre à des civils en les lynchant ou en les découpant à coup de machette pour la simple raison qu’ils sont musulmans est inacceptable. Il est abominable et ahurissant à la fois de voir un homme pousser la haine jusqu’à « manger la chair humaine » soi-disant par vengeance. De grâce, arrêtons tout cela avant d’être tous des malades mentaux dans ce pays! Les Anti-balakas ont l’obligation de mettre de l’ordre dans leur camp et de s’attaquer à tout prototype de groupes qui usurpent leur nom pour s’en prendre aux innocents et à leurs biens car « éléments incontrôlés » est une expression qu’on n’a plus besoin d’entendre pour la simple raison que ce n’est pas une excuse et qu’elle nous rappelle beaucoup l’ère Djotodia.


 Le choix d’une conviction religieuse est une liberté fondamentale de tout individu et aucune religion ne vaut plus qu’une autre. Tout comme la barbarie effrénée de la Séléka contre des civiles majoritairement chrétiens a été dévastatrice, la vengeance aveugle des Anti-balakas est contre-productive. Personne ne peut nier les innombrables exactions qui ont été commises par la Séléka et Dieu seul sait quand se cicatriseront des plaies aussi béantes et abyssales étant donner qu’il n’y a pas de psychologues ni de psychiatres ni de travailleurs sociaux pour accompagner les nombreuses victimes abandonnées à elles-mêmes et à la merci des névroses post-traumatiques, dépressions et autres… Toutefois, Faire payer aux civiles musulmans l’addition des exactions commises par la Séléka sur des chrétiens est synonyme de devenir assassins tout comme eux. Et le drame est que cela ne soulagera pas mais au contraire aggravera la situation car la violence n’engendre que la violence et se faisant, nous nous trompons de combat car la véritable bataille est ailleurs.


Le véritable combat est de s’attaquer aux maux qui ont miné ce pays depuis des décennies et qui nous ont conduits à cette situation. Le véritable combat est celui de renouer avec nos valeurs républicaines et patriotiques dont la négligence nous a rendus vulnérables aux meutes de mercenaires venus de tous les coins et recoins de la sous région. Le véritable combat c’est de s’attaquer à la question du sous-développement, de la mauvaise gouvernance,  de la corruption, du népotisme et de l’impunité qui sont des ingrédients à l’origine du chaos de notre pays. Le véritable combat, c’est d’identifier sa propre part de responsabilité dans l’installation progressive de ce chaos et de se donner les moyens pour ne plus répéter les mêmes erreurs…



Nous avons crié à la communauté internationale et elle a réagi, quoique timidement et tardivement. Il est à nous maintenant d’assurer aussi notre part du contrat. C’est à nous de prouver au monde que nous sommes différents des mercenaires et assassins de la Séléka parce que nous sommes effectivement différents car nous sommes un peuple qui a toujours crié haut et fort que « ZO KWE ZO » (Tout Homme est Homme). Tuer par vengeance ne résout aucun problème et n’efface pas la réalité. Pendant la guerre mondiale il y a des français qui ont protégé des juifs, à Rwanda il y’avait des Hutu qui protégeaient des Tutsi. Les chrétiens et les musulmans doivent défier ceux qui les poussent à s’affronter en protégeant chacune des communautés là où elle est vulnérable comme on l’a vu à la paroisse de Boali et dans certains quartiers à prédominance musulmane. C’est à ce prix que nous retrouverons la vraie paix et débusquerons les vrais fauteurs de troubles pour les traduire devant les tribunaux afin de rendre justice aux victimes de chaque côté. Je suis convaincu que c’est ce que MANDELA aurait souhaité en décidant de quitter le monde à une date qui revêt un caractère spécial pour chacun d’entre nous (le 05 décembre 2013 : journées la plus meurtrière en Centrafrique) afin que nous puissions prendre le relais. Alors, chers compatriotes, rendons à ce digne fils de l’Afrique l’hommage qu’il mérite !

mercredi 22 janvier 2014

Quelques écueils au retour des déplacés de Bangui à la maison

Dans sa conférence de presse, la présidente centrafricaine de transition, Catherine Samba-Panza affirme étudier avec les partenaires humanitaires et les forces internationales déployées dans le pays les possibilités d’organisation d’un retour à la maison des quelques 450 000 déplacés repartis dans les différents camps de Bangui. C’est pour nous l’occasion d’analyser les contours de cette action qui est une des nombreuses priorités actuelles du pays car sans le retour immédiat à la maison de ces déplacés, la vie ne peut reprendre son rythme normal à Bangui. Il s’agit donc d’une condition sine qua non à la reprise des activités administratives, scolaires, commerciales et autres. Mais ce n’est pas une tâche facile pour plusieurs raisons.

Bangui demeure une ville où règne l'insécurité

Il faut admettre qu’en dépit des actions menées par la MISCA et la force française Sangaris, l’insécurité demeure importante dans la ville de Bangui où une personne sur deux est déplacée quoique les coups de feu sont maintenant rares et le niveau de la violence abaissé. La plupart de ces déplacés ont peur de se faire enlever une fois à la maison car le désarmement tant annoncé est encore très superficiel et  beaucoup de centrafricains pensent que des armes sont toujours cachées à l’intérieur des maisons. Par ailleurs, le souvenir de ceux qui, il y a quelques semaines, ne revenaient plus quand ils allaient jeter un coup d’œil à la maison continu de hanter les déplacés. En plus les lynchages ne tarissent pas dans la capitale centrafricaine confirmant que nul n’est à l’abri. Même s’il arrive que quelques déplacés se rendent à la maison dans la journée, ils rentrent précipitamment avant 16 heures dans leurs LEDGER respectifs (nom que les banguissois donnent aux camps des déplacés par analogie à l’hôtel quatre étoiles de la capitale où trouvent refuge les grandes personnalités tant étrangères que nationales) car comme on le dit ici « La nuit n’a pas d’yeux ».

Beaucoup de déplacer ont tout perdu

Quitter les camps de déplacés est synonyme de retour à la maison. Justement, les maisons, plusieurs centrafricains n’en ont plus. Elles étaient pillées, saccagées ou simplement brûlées par des grenades. Les camps demeurent pour beaucoup un dernier rempart. Certes payer les quatre mois d’arriérés de salaires soulagera quelques uns mais ne résoudra pas le problème de fond car il faut savoir que les salariés sont comptés des bouts de doigt et que la majeur partie des centrafricains ont toujours vécu au jour le jour à travers le secteur informel qui a malheureusement subi un grand dommage avec ces récents événements.

Certains déplacés commencent à s’accoutumer aux camps

Il est irréfutable que la majeur partie des déplacés se trouvent dans ces camps contre leur volonté et n’ont qu’une seule envie : rentrer chez eux ! Seulement une bonne partie des occupants de ces camps étaient des désœuvrés qui vivotaient déjà bien avant les récents événements peut-être aussi à cause de leur paresse mais surtout à cause de la conjoncture calamiteuse du pays depuis un bon moment. Pour ceux là, la précaire situation dans les camps de déplacés est préférable à leur vie d’antan.

Les atouts de la Présidente pour une première action à ne pas rater

Il apparaît clairement que pour convaincre les déplacés à rentrer vite chez eux, mama Cathy en plus de pêcher l’apaisement et le pardon devra employer une stratégie multiforme qui prendra en compte : Le retour véritable et la garantie de la sécurité dans tous les coins et recoins de Bangui,  le processus d’indemnisation des victimes, l’accompagnement moral, physique et humanitaire des déplacés chez eux et la mise en place des  possibilités de création de petites activités génératrices de revenus… Quoiqu’offrir tout cela semble impossible en un temps si court, Madame Samba-Panza dispose néanmoins de nombreux atouts pour persuader les centrafricains qui semblent accueillir son élection les bras ouverts. Pour ce faire, elle doit utiliser sa carte de véritable maman qui est attentive à tous les problèmes de ces enfants même les plus cachés quoiqu’elle ne dispose pas de moyens immédiats pour leur donner satisfaction totale. Il est des situations comme celle-ci où le fait de se sentir compris apaise énormément… 

mardi 21 janvier 2014

La grandeur du peuple centrafricain.

Le suspens n’aura duré que quelques jours même si pour le peuple centrafricain une seconde dure plus qu’un siècle en ce moment si difficile de son histoire. L’élection de Catherine Samba-Panza à la tête de la RCA pour la poursuite de la transition politique aura été riche d’images dont deux majeures :

La première femme présidente en Centrafrique et la troisième en Afrique

 C’est à une femme que  les conseillers nationaux de la transition viennent de confier les clés du palais de la Renaissance. C’est une première pour ce pays qui depuis plus de cinquante ans a vu défiler plusieurs hommes à la magistrature suprême et qui n’a pas l’habitude de voir  les femmes se hisser à un haut poste de responsabilité. Certes, les femmes se sont toujours battues dans ce pays  même si  Elisabeth Domitien et Ruth Rolland respectivement Premier ministre sous le règne du feu empereur Jean Bédel BOKASSA et Candidate malheureuse aux élections présidentielles de 1993 remportées par Ange-Félix PATASSE sont restées les deux à inscrire leurs noms à un échelon  élevé du pouvoir du moins jusqu’à hier. Mais Mama Cathy, comme on l’appelle désormais vient par cette élection d’inscrire le nom de la femme aux plus  hautes fonctions de l’Etat plaçant ainsi la RCA au troisième rang après le Liberia et le Malawi dans la liste des chefs d’Etat féminins en Afrique : Hellen Johnson Sirleaf à l’Ouest, Joyce Banda au Sud et Catherine Samba-Panza au Centre. Même si c’est à travers une transition que les deux dernières sont parvenues au pouvoir, cela ne diminue en rien leur fauteuil de président.


Une centrafricaine comme les autres

La nouvelle présidente centrafricaine est née au Tchad (Forlamy)  de père camerounais et de mère centrafricaine, réalité qu’elle a revendiquée lors de la présentation de sa profession de foi avant les élections. Cette vérité n’a pourtant pas empêché les conseillers du CNT à l’élire confortablement (75 voix contre les 53 de son Challenger). Preuve que le centrafricain, en dépit de tout ce qu’on peut raconter, n’est pas intrinsèquement xénophobe comme beaucoup le croyaient lors du rapatriement massif des citoyens étrangers. De Nicolas Sarkozy à Joseph Kabila en passant par Alassane Ouattara, tout le monde sait ce qu’on peut raconter sur un Chef de l’Etat au moindre soupçon d’une origine étrangère même si elle n’est pas avérée. A ce sujet, l’on peut fournir beaucoup de raison sur le cas de la RCA mais je pense que la vraie réponse se trouve dans les valeurs de ce pays si ouvert, hospitalier et régionaliste dès sa fondation par Barthélémy BOGANDA qui disait « ZO KWE ZO », traduit par « TOUT HOMME EST HOMME » par Jean Baptiste Placca qui constate qu’on ne peut trouver mieux d’abréger des droits de l’Homme. Il suffit de voir le drapeau centrafricain et sa signification pour tout comprendre. Selon BOGANDA le panafricaniste : le bleu représente le Congo et son océan, le blanc pour le Tchad et son coton, le vert pour le Gabon et ses forêts, le jaune pour l’ancien Oubangui-Chari et ses richesses minières, le rouge pour le sang [de l’esclavage] versé unissant tous ces peuples marchant vers l’étoile de l’émancipation.

Si le centrafricain lambda se demande encore dans les rues comment sera appelé le mari de la présidente et le rôle qu’il jouera pour les plus curieux, Mama Cathy est perçue et acceptée de tous comme un digne fils de son pays. Alors accompagnons les centrafricains à renouer avec leurs nobles valeurs où on a failli les en séparer ces derniers temps. Vive la Centrafrique !

Centrafrique : Catherine Samba-Panza à la présidence

Il était 14 h 55, heure de Bangui,  lorsque la présidente par intérim du Conseil national de Transition a pris la parole pour proclamer les résultats définitifs du scrutin à la présidence de la Transition. Pas moins de  8 candidats étaient en lice  pour succéder à l’ancien président Michel Djotodia, contraint à la démission le 10 janvier 2014 à Ndjamena par ses pairs de la CEEAC (Communauté des Etats de l’Afrique centrale) après 10 mois de violence dans le pays. Faut-il voir dans la désignation de Catherine Samba-Panza à la présidence un symbole de la rupture et du changement ?
Catherine Samba-Panza, la Présidente de la Transition en Centrafrique

L’atmosphère était dense en cette matinée du lundi 20 janvier. L’attente demeurait interminable pour de nombreux Centrafricains qui espèrent une rupture avec les régimes précédents qui n’ont apporté que des déceptions. Ce lundi, est un jour nouveau pour la Centrafrique et pour tous les Centrafricains du monde qui ont utilisé différents moyens (radio, réseaux sociaux…) pour vivre en direct ce changement. L’hémicycle de la Transition, ancienne Assemblée nationale était bondé. En plus des huit candidats et des 135 conseillers qui officient dans ce Parlement provisoire se pressaient de nombreuses personnalités dont des diplomates, des responsables de partis politiques et de la société civile  Il était quasiment 13 heures lorsque le coup d’envoi des élections a été donné par Lea Koyassoum Doumta, présidente intérimaire du CNT  (Conseil national de Transition).

 A l’issue du premier tour, aucun des candidats n’a obtenu la majorité absolue (65 voix) : Catherine Panza-Samba (64 voix) et Désiré Kolingba Zanga (48 voix) doivent s’affronter une seconde fois. Et c’est Catherine Panza Samba qui s’est imposée avec 75 voix, son adversaire n’ayant obtenu que 53 voix sur les 128 voix exprimées. Catherine Panza Samba est la première femme en Centrafrique avoir accédé à cette haute fonction politique, mais aussi en Afrique centrale après sa compatriote Elisabeth Domitien. Cette dernière décédée en 2005 avait été nommée premier ministre de la République centrafricaine sous la présidence de Jean-Bedel Bokassa en juin 1974. Une véritable révolution dans la politique centrafricaine.

Qui est Catherine Panza-Samba ?
Pour Jeune Afrique, « De père camerounais et de mère centrafricaine (Sud-Est), Catherine Samba Panza est née à Ndjamena, au Tchad, le 26 juin 1956. Elle grandit à Bangui avant d’entamer des études de droit en France. Elle obtient plusieurs diplômes à Paris : une licence en sciences de l’information et de la communication et un diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) en droit des assurances obtenus à l’université de Paris II ».
 Avocate et femme d’affaires, elle mariée et mère de trois enfants. Mais à quelques jours seulement du scrutin, des voix se sont élevées pour dénoncer les racines de cette femme dont le parcours est exemplaire. Certains Centrafricains comme pour chercher des poux sur une tête rasée ont commencé à dénoncer ses origines camerounaises de par son père. Une question nouvelle présidente par intérimaire a évoqué lors de sa confession de foi devant les parlementaires lesquels sont tombés sous les charmes de ses mots et surtout de sa franchise. Jusque-là maire de Bangui, elle a œuvré dans plusieurs associations parmi lesquelles l’Association des femmes juristes de Centrafrique (AFJC).

 Le travail exemplaire et patriote des conseillers mérite d’être salué
Si la plupart des compatriotes ont applaudi ce choix, synonyme de rupture et d’espoir, c’est aux 128 Conseillers que revient le mérite. Ils ont fait preuve d’un professionnalisme aigu et surtout d’un sens élevé de patriotisme en portant leur choix sur, non seulement une femme pour la première fois dans l’histoire de la RCA, mais surtout une personne neutre ayant le sens élevé de la responsabilité. La nouvelle élue  fait l’unanimité aussi bien parmi la population que dans la classe politique.

 Un premier discours rassembleur et un appel à l’apaisement
Lors de son premier discours, la nouvelle présidente intérimaire a lancé un appel à l’apaisement à l’endroit de toutes les milices Seleka et anti-balaka, qu’elle appelle d’ailleurs « ses enfants ».  Elle a fini en ces termes son allocution : « Je veux en tant que mère, apaiser les esprits, rassembler les cœurs divisés et soulager les enfants de Centrafrique, je vous remercie »!

Mais son appel sera-t-il écouté ? Va- t- elle s’entourer d’hommes et de femmes capables de relever le défi qui est le sien notamment la restauration de la sécurité sur tout le territoire, la réorganisation de l’armée après les opérations de désarmement, la relance de l’économie, … surtout après avoir hérité d’un pays en état de décomposition avancée notamment avec les caisses de l’Etat vides, une situation humanitaire catastrophique, une absence de l’Etat sur tout le territoire. L’avenir nous permettra d’en savoir davantage, surtout qu’elle est élue pour un mandat d’une année et qu’on ne juge un maçon qu’au pied du mur.

Wait and see

samedi 18 janvier 2014

La jeunesse, grande perdante du chaos centrafricain!

Représentant plus de soixante pour cent de la population centrafricaine, la jeunesse est de loin le grand perdant des crises qui frappent à plein fouet la République centrafricaine (RCA) et ce à tous les niveaux. S’il est clair, net et limpide que la jeunesse est la première couche de la population instrumentalisée, manipulée pour être au premier plan des fronts égoïstes ouverts par des politiciens et opportunistes, il est indéniable que cette jeunesse soit simplement oubliée lorsque viennent les rares bons moments.

Des enfants sacrifiés à multiples reprises!
L’enlèvement des jeunes et enfants par l’Armée de Résistance du seigneur (LRA) dans le Nord-est du pays est connu de tous. Il en est de même pour la rareté des infrastructures scolaires dans cette partie de la RCA favorisant ainsi l’entrée de plusieurs jeunes désœuvrés dans les multiples rebellions qu’a connu le pays. L’UNICEF compte à ce jour 2,3 millions d’enfants affectés par la crise selon Souleymane Diabaté, représentant du Programme des Nations Unis pour l’Enfance en République centrafricaine qui a affirmé que : « Nous sommes témoins d’un niveau de violence sans précédents contre les enfants » avant de souligner qu’environ 3 600 enfants seraient actuellement enrôlés dans les groupes armés. Les drames que subissent les enfants en Centrafrique sont légion : Déplacement à l’intérieur et à l’extérieur du territoire, perte des parents, recrutement forcé, malnutrition, violences sexuelles, déscolarisation,… Plusieurs enfants ont donc perdu leur innocence qui leur a été volée et nombreux sont ceux qui sont condamnés à vivre comme des adultes alors qu’ils ont encore besoin de parents.

Un système éducatif en panne depuis fort longtemps
Il n’ya qu’en RCA qu’on n’a vraiment pas honte de jouer avec la vérité. Depuis fort longtemps les élèves et étudiants en Centrafrique sont victimes d’une parodie d’école. Ce qui a poussé même l’épiscopat centrafricain à dire ouvertement que : « Nous nous acheminons vers une deuxième année blanche ». Si dans une grande partie du pays les structures scolaires sont quasi-inexistantes, les gouvernements qui se sont succédé à la tête de ce pays sont eux, très doués pour modifier les calendriers académiques. A l’université, réputée pour ses élastiques et interminables années académiques qui peuvent débuter à n’importe quelle période de l’année, ont célèbre la rentrée académique alors qu’une bonne partie des facultés n’ont pas encore achevé l’année en cours. Dans les établissements scolaires, l’année scolaire divisée normalement en trimestre peut se résumer en semestre en un clin d’œil même si ce semestre ne peut durer que deux mois. En cause, les grèves à répétition des enseignants qui ne perçoivent que pas saccade leurs dus et les crises militaro-politiques qui imposent à tout le monde une vacance à ne pas refuser. Depuis les événements du 24 mars dernier, le ministère de l’éducation nationale dans ses tentatives désespérées de sauver l’année scolaire a divisé le pays en deux zones pédagogiques, il s’agit des fameuses zop1 et zop2. Reste à savoir la stratégie désespérée qui sera trouvée pour éviter de parler d’année blanche et de faire comme si tout allait bien, comme toujours.
Un marché de l’emploi inexistant 
Bien avant cette crise, trouver un emploi en Centrafrique a toujours été une véritable mer à boire. D’abord pour trouver un lieu de stage, il faut être né avec une étoile sur le front. Nombreux sont les étudiants en position de stage, qu’ils soient formés à l’extérieur ou à l’intérieur, qui vont diront le nombre de demande de stage qu’ils ont adressées et qui malheureusement demeurent sans suite. La pluie de pillages qui s’est abattue sur le pays et particulièrement dans la capitale Bangui avec l’avènement de la Séléka a annihilé les quelques possibilités de stages et d’emplois qui existaient dans les rares sociétés de la place et voilà la grande partie des jeunes qui croyaient enfin pouvoir sortir la tête de l’eau, réduits au chômage technique. Ceux qui faisaient leur preuve dans l'entrepreneuriat ne sont pas épargnés non plus.

Une nécessaire réflexion s’impose.

L’heure est plus que jamais à la réflexion et à l’autocritique pour la jeunesse centrafricaine. Dans ce même pays il y’a eu des jeunes qui, mains nues ont chassé l’un des plus grands dictateurs d’Afrique et pour beaucoup au prix de leur vie. Comment accepter de vivre dans une situation où l’inquiétude est sans borne et le lendemain incertain ? Une vie où il n’y a pas de place pour des résolutions, projets et perspectives ? Tout cela doit s’arrêter et s’arrêtera si la jeunesse centrafricaine le veut vraiment. Ce sera alors dire non à la manipulation, à la corruption de l’innocence, à la haine, à la facilité et à la naïveté. Ainsi elle pourra enfin peser de tout son poids sur la vie de cette nation et obliger nos politicards à mettre le peuple avant tout car rien ne peut contre une jeunesse unie et déterminée qui constitue la bonne partie de l’électorat centrafricain. Alors réveillons-nous chers jeunes et au travail !

jeudi 16 janvier 2014

Après Djotodia, la Haine est le principal ennemi du peuple centrafricain !

Nous ne le dirons jamais assez ! L’un des grands protagonistes de la crise centrafricaine actuelle est la HAINE. Une alerte que nous avions donné dans un de nos précédents articles intitulé : « Ne cédons pas à la haine !». Aujourd’hui, plusieurs responsables internationaux  viennent de se rendre compte de l’enracinement de la haine dans le cœur des centrafricains qui devient inaccessible aux multiples appels à la paix et au pardon. C’est le cas de l'ambassadeur français aux Nations unies Gérard Araud qui a affirmé hier : "En Centrafrique, je pense que nous avons peut-être sous-estimé la haine et le ressentiment entre communautés". Si des communautés ont été marginalisé pendant des années, si des communautés ont été pillées, violées, massacrées impunément, à quoi de bon nous nous attendions ? Tuer un père de famille devant ses enfants, violer des femmes et des filles devant leur mari et garçons, incendier les greniers des gens pour les livrer à un lendemain incertain, à quoi de bon nous nous attendions ? Le drame est qu’il n’y avait personne pour écouter ces gens, pour les comprendre et les accompagner à dépasser cette situation, pas de psychologues ni de psychiatres mis à part les rares centres d’écoute mis au point par les communautés religieuses mais très peu fréquentés à cause de l’insécurité totale entre autres. Or, nous avons vu dans certains pays qui ont accueilli leurs ressortissants, en l’occurrence le Sénégal, des psychologues et des travailleurs sociaux attendre les gens à l’aéroport pour les aider à surmonter le choc qu’ils ont subit…
Autant que nous le pouvons et avec toute la force de nos poumons nous ne cesserons de condamner avec toute la fermeté du monde les exactions qui ont été commises et qui continuent malheureusement de martyriser le peuple centrafricain car nul n’a le droit de porter atteinte à un être humain quelque soit sa motivation. Toutefois, ne nous est-il jamais venu à l’esprit de se demander si les fauteurs de troubles ne sont eux-mêmes pas aussi des victimes, du moins sur le plan mental ? Même si cela n’est pas une excuse pour les abominations commises mais il pourrait aider à comprendre ce qui se passe afin de rechercher d’éventuelles issues à cette crise.

Il est indéniable que le centrafricain n’a jamais rien de barbare jusqu’à cette crise. On se souvient encore du poignant témoignage de l’octogénaire malienne qui en rentrant chez elle a confirmé cette réalité centrafricaine d’antan. Il est donc clair, net et limpide que les sempiternelles exactions perpétrées de tout côté ont poussé nombre de centrafricains à développer de nouveaux comportements  malheureusement néfastes ; c’est ce qui arrive lorsqu’une population est condamnée ou se croit condamner à l’auto-défense. Comment à t-on pu n’y avoir pensé plus tôt ?